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Humanitaire 2020
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Vendredi 8.8.2008. 21:00h
L’humanitaire des ONG est-il autre chose qu’un colonialisme ?
L’humanitaire est colonialiste pour les effets médiatiques qu’il produit, et les bénéfices qu’en tirent les pays soi-disant bienfaiteurs. Il est devenu la face morale de la mondialisation économique.
Durant des siècles, des millions d’Africains ont été déportés par des puissances européennes afin d’être réduits en esclavage sur le continent américain. L’époque coloniale a laissé les pays concernés dans un état lamentable du point de vue de la santé, de la démographie, de l’économie, de l’éducation et des infrastructures. Puis cette période sombre de l’histoire de l’humanité a été suivie par une autre forme de colonialisme : l’exploitation des ressources des pays les plus démunis par les anciennes puissances coloniales, auxquelles se sont progressivement ajoutées la Chine, les Etats-Unis et le Canada. C’est de ces situations que sont nés le droit et l’action humanitaire. Un droit qui prend racine dans la philosophie des lumières, du XVIII siècle, qui tend à fonder un moral en l’homme et non plus dans la religion. Une action qui vise, sans aucune discrimination et avec des moyens pacifiques, à préserver la vie dans le respect de la dignité. Et elles sont nombreuses les organisations qui œuvrent aujourd’hui dans cet unique but : Comité International de la Croix Rouge, OXFAM (Oxford Commitee for Famine Relief), Médecins Sans Frontières, etc.
Le pot de terre contre le pot de fer
Les européens sont très attachés à l’aide humanitaire qu’apportent les Organisations Non Gouvernementales. En 2004-2005, les Français ont donné 250 millions d’euros pour le tsunami en Asie du sud-est. Sidaction annonce que la collecte de dons sur 2008 pourrait atteindre 20 millions d'euros. Ces chiffres paraissent importants mais sont en réalité bien maigres au regard des besoins dans le monde. Dans son rapport 2007, le programme des Nations-Unies pour le développement estime qu’une dépense annuelle de 80 milliards de dollars sur 10 ans permettra de garantir à tout humain l’accès à l’éducation et aux soins de base, à une nourriture adéquate et à l’eau potable. Seules les grandes fortunes privés et les états les plus riches peuvent décider d’engager de telles sommes et ainsi d’enrayer un processus inique. Malheureusement, les uns comme les autres sont trop souvent aux abonnés absents. Encore aujourd’hui, dans plus de 190 états membres des Nations-Unies, près de 120 millions d’enfants de moins de 15 ans non pas accès à l’école. Dans les pays les moins développés, environ 10 millions d’enfants décèdent chaque année avant l’âge de 5 ans. En Afrique subsaharienne, près de 40% des 670 millions d’habitants vivent sous le seuil de pauvreté. Si la conjoncture actuelle dure, d’ici à 2020, le nombre d’enfants souffrant de malnutrition en Afrique dépassera les 40 millions.
Quand les médias se retirent
Malgré un dévouement sans faille de la part de ses principaux acteurs, l’efficacité de l’aide humanitaire dépend beaucoup de la présence des médias. Lorsqu’une tragédie humanitaire ne fait plus la une, elle est abandonnée à son triste sort. Pourtant, il ne se passe pas un jour sans qu’un chef d’état ne se réclame du statut de bienfaiteur des hommes. Pas un journal télévisé sans images de la dernière visite de tel ou tel ponte au chevet de souffrants. Il semble qu’il suffise de monter quelques malheurs en spectacle pour faire oublier les maux profonds dont souffrent plus de 850 millions de personnes dans le monde. Les dirigeants du monde ont bien compris que l’action humanitaire permettait d’assurer un gardiennage des populations les plus démunies et de produire une bonne conscience dans l’opinion publique des pays donateurs. L’aide humanitaire se révèle aussi être un excellent instrument d’ouverture des marchés. Les pays « aidés » sont forcés d’acheter les biens manufacturés dans les pays donateurs sous peine de se retrouver à genoux par la suppression des ressources financières dont ils dépendent. Si l’engagement pour soulager l’humanité qui souffre est plus que jamais nécessaire, pour être efficace, il faut considérer les grandes tragédies de l’humanité comme des problèmes personnels et développer une éthique de la responsabilité individuelle et collective.

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